• 17/12/2012 21:42 Billet Experts

    Préserver l’histoire du foot, c’est accepter qu’il change

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    A l’occasion du Mondial des Clubs, la FIFA a permis l’utilisation de la technologie sur la ligne de but. Un succès selon Sepp Blatter qui a d’ores-et-déjà annoncé que l’un des systèmes testés – Hawk-Eye ou Goalref – sera présent au Brésil pour la Coupe des Confédérations 2013 et la Coupe du Monde 2014.

    Ce changement fait toujours débat entre d’un côté, les pragmatiques et leur vision strictement économique du foot, pour qui en 2012 il est intolérable que le résultat d’un match ou d’une action puisse dépendre de l’interprétation d’un arbitre ou d’une part d’incertitude, et de l’autre, les romantiques, gardiens du temple parfois auto-proclamés, garants de l’intégrité du football, du respect des traditions, de son universalité.

    Deux visions caricaturales mais complémentaires

    Au-delà des deux visions qui s’affrontent sans espoir de paix – leurs partisans sont souvent des petits intégristes – il faut insister sur le fait que l’histoire et l’identité ne résultent pas de successions de cataclysmes ni de la réflexion de sages à l’encéphalogramme désespérément plat.

    Personne ne peut nier la puissance de l’identité du football. Cependant, si les étudiants d’Oxford et de Cambridge en 1863 avaient eu une DeLorean DMC-12 pour effectuer un retour vers le futur aujourd’hui, ils ne reconnaîtraient sans doute pas ce qu’ils ont enfanté. Eux qui ne voulaient pas de protège-tibia, pas de crampon et qui avaient vivement débattu sur l’autorisation ou non du coup de pied infligé à l’adversaire, auraient peut-être un regard différent sur les tatanes de Zlatan Ibrahimovic.

    Évolution lente mais certaine

    L’usage des mains autorisé jusqu’en 1849, l’adoption en 1863 des premières règles (de 1848), les apparitions de l’arbitre (1886) et des arbitres de touche (1891), le temps de jeu fixé à 90 minutes (1896), l’apparition du gardien de but (un joueur couvrait la zone de but jusqu’en 1899) contraint de ne toucher le ballon que dans sa surface (1912-13), l’interdiction des remplacements jusqu’en 1958, la publicité sur les maillots en 1968, l’interdiction pour le gardien de saisir le ballon avec la main après une passe en retrait (1992), sans parler du cafouillage autour de la règle du hors-jeu qui suit l’évolution du foot depuis toujours…, autant de preuves que le foot a sans cesse changé depuis sa création. Il s’est construit très lentement à travers ses règles, son organisation et sa valorisation (médiatisation et commerce).

    Par conséquent, il serait parfaitement présomptueux de condamner fermement l’usage de la technologie tant il s’agit d’un changement mineur pour le jeu comparé à ce qu’il a vécu en un siècle et demi. Et la question philosophique que cela suscite n’est pas plus importante que celle suscitée lorsqu’il s’est agi d’interdire l’usage des mains. Et encore, c’est sans parler de la forme ancestrale du foot avant le XIXe siècle, qui pour le coup, n’a plus beaucoup de points communs avec le football moderne.

     Ce que sera le foot en 2130 ?

    Les petits terroristes de la pensée demeurent indispensables lorsqu’il est question de changements dans le vaste univers du football. Cela forme un équilibre qui ouvre des perspectives, permet une petite dose de progrès sans dénaturer la discipline, nuire aux règles du jeu ni trahir une histoire. C’est aussi le même jeu concernant la modification d’un logo, des couleurs d’un maillot, de déménagements de stades…

    Comprenant cela, on serait peut-être moins étonnés si, au volant de la DeLorean DMC-12, on pouvait observer le foot à l’horizon 2130 et constater qu’il se joue sur un terrain d’un kilomètre de long, avec des équipes composées d’hommes et de femmes, avec des oreillettes pour mieux respecter le coaching, avec une immunité (comme dans la télé-réalité) pour un joueur ayant marqué et qui serait autorisé à faire faute sans être sanctionné ou à qui on ne pourrait pas prendre le ballon pendant un temps déterminé, avec deux ballons pour plus de spectacle, sans supporter pour éviter toute violence dans des stades qui d’ailleurs n’en seront plus, un mercato sous la forme du troc uniquement…

    Qu’on souscrive ou pas à ces improbables changements, on devrait faire confiance au foot pour continuer à maîtriser son destin et sauver l’essentiel : rester un jeu dans lequel on se fait des passes et tape dans un ballon pour le loger entre les barres.

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